La chloroquine, le traitement miracle ? Retour sur l’origine du débat

Alors que la chloroquine suscite la controverse depuis plusieurs semaines, une étude devrait clore le débat. Baptisée Hycovid, elle démarre ce mercredi 1 avril et sera menée avec 32 centres hospitaliers de France. Le TépéB vous propose un retour sur l’origine de ce prétendu remède miracle, et sur les discussions qui l’entourent.

La chloroquine comme traitement miracle ? Source : Gérard Julien pour AFP.

À l’origine de la polémique sur le prétendu traitement, un infectiologue reconnu : le professeur Didier Raoult, directeur de l’Institut Méditerranéen Infection à Marseille. Le 25 février 2020, il publiait une vidéo Youtube dans laquelle il annonçait “une sortie de crise” du Covid-19, grâce à une molécule : la chloroquine. Pour lui, il s’agit “du traitement le moins cher et le plus simple pour traiter le coronavirus”. Les premiers tests sur des malades n’ont pas démarré en France, mais en Chine, encore épicentre du coronavirus en février dernier.  Des tests qui n’avaient cependant pas été validés par un comité d’experts scientifiques, donc la prudence restait de mise. 

Qu’est-ce que la chloroquine ? 

La chloroquine est une molécule antipaludéenne. Dans le cas de l’épidémie de Covid-19, c’est plus précisément un dérivé de la molécule qui est envisagé comme remède : l’hydroxychloroquine. Elle est utilisée depuis les années 1950, notamment pour concevoir des traitements contre le paludisme. La molécule peut aussi être utilisée en traitement de certaines maladies inflammatoires, ou de certaines formes de lupus. Elle se présente sous forme de comprimés et d’ampoules injectables, et est commercialisée en France sous le nom de Plaquénil. Jusqu’à récemment, la chloroquine était accessible à tous dans les pharmacies, mais un décret du 13 janvier l’a fait passer sur la liste des “substances vénéneuses” : autrement dit, elle n’est accessible que si elle est prescrite par un médecin.

D’où provient l’engouement pour cette molécule ?

L’hypothèse de son efficacité sur certaines maladies respiratoires ne date pas de l’apparition du coronavirus : elle remonte à 2005 au moment de l’épidémie du SRAS, où la molécule avait déjà été envisagée comme traitement. À l’époque, sans grande efficacité clinique, elle n’avait pas été administrée aux malades.

Le 25 janvier dernier, une première annonce faisait état d’une grande efficacité “in vitro” de la molécule sur le virus alors uniquement présent en Chine. Le 15 février, l’annonce des premiers essais cliniques qui avaient été menés sur plus de 100 patients dans une dizaine d’hôpitaux chinois révélait des résultats particulièrement concluants. C’est suite à ces deux annonces que le professeur Raoult a publié sa vidéo présentant la chloroquine comme la solution à l’épidémie de Covid-19.

Pourquoi la chloroquine ne fait pas l’unanimité ? 

La controverse autour de la chloroquine est animée par plusieurs acteurs : le professeur Didier Raoult d’un côté, les autorités sanitaires et experts scientifiques de l’autre. Viennent ensuite s’y greffer les figures politiques, les médias et l’opinion publique. Pas facile de démêler le vrai du faux quand tout le monde y va de son grain de sel. 

Didier Raoult, le 26 février. Source : Gérard Julien pour l’AFP.

Pour l’infectiologue Raoult, l’utilisation de la chloroquine couplée à d’autres antibiotiques est le remède parfait pour contrer le Covid-19. Il se base sur les tests chinois cités plus hauts, et sur ses propres études réalisées ces dernières semaines. Le lundi 16 mars, il évoquait les résultats préliminaires d’une de ses études récentes : au bout de 6 jours de traitement à la chloroquine, seulement 25% des patients seraient encore porteurs du virus, contre 90% pour les patients traités sans la molécule. Le professeur a publié une deuxième étude le 27 mars : celle-ci montrerait que la chloroquine associée à une autre molécule ferait chuter la charge virale des patients, les rendant moins contagieux. Sur les 81 patients étudiés, 80 sont en voie de guérison. 

De l’autre côté, les autorités sanitaires et plusieurs experts se questionnent sur les méthodes employées par le professeur, et lui reproche de tirer des conclusions hâtives. Du côté de ses méthodes, ils lui reprochent notamment de ne pas dresser de comparaison avec un groupe témoin, qui permettrait de vérifier si la chloroquine est vraiment l’élément qui permet aux patients traités de guérir.  Ils se questionnent aussi sur les effets secondaires d’un tel traitement, et estiment que le professeur Raoult ne les mentionne pas comme il le devrait. 

Ces derniers jours, on a également entendu que la chloroquine pouvait se révéler dangereuse pour les patients présentant une fragilité cardiaque. Le professeur Jean-Daniel Leliève, infectiologue à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil  explique au Parisien : “ Je serais ravi d’apprendre que ce traitement est efficace, mais il faut que cela repose sur des arguments scientifiques car prescrire un médicament n’est jamais anodin. D’autant que ce médicament est potentiellement toxique sur le coeur chez des patients dont l’infection donne des atteintes cardiaques”. Enfin, certains articles dressent le portrait de Didier Raoult en un fervent opposant au système. Certains journaux comme le Télégramme vont même jusqu’à le qualifier “d’icône de l’anti-système, de l’extrême droite et des sphères complotistes”.

Du côté du gouvernement et des politiques, certaines personnalités comme Marine Le Pen ou encore Jean-Luc Mélenchon ont pris parti pour le professeur Raoult. Quant au chef de l’Etat, Emmanuel Macron, il a d’abord souhaité garder le silence en voulant avant tout se fier à l’avis des spécialistes. C’est il y a quelques jours, le 26 mars, que le gouvernement a finalement autorisé la prescription de chloroquine aux malades du Covid-19 dans un état grave

Où en sont les autres études sur l’efficacité du traitement ? 

Une nouvelle étude est lancée ce mercredi 1 avril en France, baptisée Hycovid. Elle sera menée avec 32 centres hospitaliers et concerne 1 300 patients volontaires répartis dans tout le pays. À l’hôpital d’Angers, le praticien Vincent Dubée l’a présenté comme l’étude censée “répondre de manière définitive à la question” sur l’efficacité de la chloroquine contre le coronavirus. Le protocole est d’opposer l’hydroxychloroquine à un placebo inactif contre la maladie : 650 patients recevront le traitement, et autant se verront administrer le placebo. Mais ni le malade, ni le médecin ne sait alors quel médicament reçoit le patient, afin d’écarter toute subjectivité. Les personnes testées, considérées comme “fragiles”, ont en moyenne 75 ans et ont donné leur consentement pour cette étude. Les premiers résultats devraient être donnés d’ici quinze jours. 

Naël Ranjon

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s